Cdm98 France 2-1 Croatie: Thuram, le prophète.

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« Le jour de gloire est arrivé ». La France se qualifie pour la première finale de coupe du monde, de sa coupe du monde au terme d’un scénario étouffant face à cette redoutable équipe de Croatie. Il aura fallu deux buts improbables de Lilian Thuram pour se sortir d’un piège rondement mené par l’adversaire du soir. OUF.

Le pays entier attendait une revanche à domicile contre l’Allemagne mais ce sont les croates qui se présentent face à nos bleus. Et c’est peut être ce qui pouvait nous arriver de pire. Après avoir étrillé la Mannschaft (3-0), la bande à Suker arrive dans le dernier carré totalement décomplexée. Elle sait qu’elle ne part pas favorite,  ce n’est pas pour autant qu’elle vient la fleur au fusil. Avec des techniciens du calibre de Boban, Asanovic, Vlaovic ou Suker, elle a des armes suffisantes pour emmerder l’équipe de France.

Mais nos français aussi sont en passe d’écrire leur histoire. Et le rouleur compresseur physique se met en ordre de marche d’entrée de jeu. Avec un milieu Karembeu-Petit-Deschamps, la France n’est pas là pour faire dans la dentelle. Sauf avec nos deux artistes Zidane et Djorkaeff, les deux plus en vue en ce début de rencontre. Zizou est dans tous les bons coups, très présent dans la surface et a déjà frappé trois fois au but avant le quart d’heure. La Croatie est acculée mais ne rompt pas, se reposant sur sa défense de guerrier avec Soldo et Bilic en gardiens du temple. Les joueurs de Blasevic savent que leur meilleur atout est l’horloge. Plus le temps passera et plus ils installeront le doute dans la tête des bleus. Et plus ils auront d’opportunités comme sur cette occasion d’Asanovic, le meilleur croate durant le premier acte, qui passe juste à côté du poteau de gauche de Barthez. La technique de l’ancien messin et de ses partenaires leur permettent de se recentrer dans le match et de revenir à armes égales jusqu’à la pause. Ce n’est ni du grand football technique, ni du grand football tactique mais la tension est, elle, bien présente.

45 minutes en round d’observation, c’est suffisant pour nos amis croates. Trente secondes à peine après la reprise, Asanovic donne un merveilleux ballon dans la profondeur à Suker qui ne se fait pas prier pour crucifier Barthez en face à face. L’action est magnifique, de l’appel du madrilène à la passe en passant par le but. Le meilleur buteur de la compétition jusqu’à présent peut remercier le placement très aléatoire de Thuram sur le coup. Stupeur au Stade de France.
De courte durée puisque notre bon vieux Lilian va se rattraper sur l’engagement en égalisant sur un une-deux avec Djorkaeff. Oui, Thuram buteur. Aussi fou que ce début de seconde mi-temps. On bascule dans l’irréel, le match n’appartient plus seulement au football. La France a eu la bonne idée de ne pas tergiverser, et se remet dans le bon sens. Et c’est ce qu’il pouvait nous arriver de mieux. Malgré quelques minutes de répit après un tel scénario, les bleus repartent de l’avant, revigorés par ce but.

Et là, l’impensable se produit. Thuram récupère un ballon haut, encore une fois, et tente une frappe décroisée du gauche dans la foulée. Un truc qu’il n’aurait absolument jamais fait en temps normal. Et ça fait mouche. Le latéral parmesan est dans une autre dimension, il est possédé par l’enjeu comme le montre sa célébration. Un doublé en demie-finale de coupe du monde pour celui qui n’avait encore jamais marqué sous le maillot tricolore. L’histoire est belle, trop belle même pour ne pas être ternie.. Sur un coup franc bien placé pour la France, Blanc se chamaille avec Bilic et lui assène une tarte dans le menton. Evidemment, le libéro croate en rajoute mais le rouge est mérité. Le Stade est choqué et les pires scénarii nous traversent l’esprit. Va-t-on revivre le cauchemar de 82 ?

Tout le monde y pense, les joueurs les premiers et toute l’équipe recule inconsciemment de 30 mètres. Le dernier quart d’heure est une attaque-défense pour la Croatie où l’incroyable Suker va nous donner des sueurs froides. Mais c’est sans compter sur la force défensive de Desailly, Thuram et même de Leboeuf parfaitement entré dans son match pour remplacer Le Président. Ce qui n’empêche pas de connaitre une dernière frayeur sur une frappe contrée d’Asanovic qui filait sous la barre sans l’intervention de notre divin chauve.

Mais il ne pouvait rien arriver à cette équipe de France ce soir, protégée par quelque chose d’impalpable. Elle retrouvera le Brésil pour une finale de rêve dès dimanche et on ne voit pas ce qui peut l’arrêter désormais.

FEUILLE DE MATCH
2-1: Thuram (47′;69′) – Suker (46′)
Stade de France, St Denis
80.000 spectateurs
Arbitre: Monsieur Aranda (Espagne)

FRANCE
.Barthez (6):
Du bon Fabien ce soir entre sorties aériennes autoritaires, arrêts décisifs et folie dans la relance.

.Thuram (10): Comment faire autrement ? Le gars était sous protection divine ce soir et on ne veut froisser personne en haut. Même pas pour l’alignement moisi sur le but de Suker…

.Blanc (5.5): Du bon Blanc. Qui a vu rouge. Et on aime pas le rosé.

.Desailly (7): Ce type est une bête, le meilleur défenseur central au monde et il l’a encore prouvé ce soir en dégageant une puissance incroyable dans les duels.

.Lizarazu (6): Solide Liza, comme souvent. Avec de l’envie, de la passion et de la vitesse, il donne l’impression de pouvoir déplacer des montagnes.

.Deschamps (6): Il a fait le sale boulot, encore et toujours. Et personne ne le fait mieux que lui.

.Petit (5.5): Il a eu du mal à tenir Asanovic au milieu, ou alors en faisant des fautes. Reste sa faculté à se projeter vers l’avant qui est un vrai plus pour l’équipe.

.Karembeu (5.5): Sans faire de bruit Christian s’est fait une place dans l’équipe et a sorti 20 bonnes minutes avant de se blesser. Remplacé par Henry (5.5) qui n’a plus sa fraicheur et l’effet de surprise du début de compétition mais qui demeure un formidable joueur de côté.

.Zidane (6): On ne voyait que lui en début de partie. Il a fait parler toute sa technique durant le match, prenant enfin le rythme de son équipe. Une montée en puissance intéressante avant la finale.

.Djorkaeff (5.5): Le snake porte bien son nom. On ne le voit pas beaucoup mais il sort toujours de son trou au bon moment pour attaquer. Trop peu souvent tout de même. Remplacé par Leboeuf (5.5) après l’expulsion de Laurent Blanc, et mis de suite sous pression. Sans craquer.

.Guivarc’h (3): Le mec est encore titulaire ce soir sans qu’on sache vraiment pourquoi. Il n’apporte rien dans le jeu et ne se crée pas d’occasions. Problématique quand on est l’attaquant numéro 1. Remplacé par Trézéguet (4.5) un peu trop tendre encore pour ce genre de rencontre de roublards.

CROATIE 
.Ladic (5.5):
Il ne dégage pas une confiance extraordinaire (avec pas mal de ballons relâchés) mais il fait son travail.

.Stimac (5): Il n’avait pas grand chose à faire et a préféré se contenter du minimum syndical au lieu de se transcender.

.Bilic (5.5): On sent toute la fils de puterie en lui. Mais il est bon au mastic le salaud.

.Soldo (6): Pareil que son collègue. En encore plus solide.

.Jarni (6): Il a fini la rencontre avec un filet sur la gueule, en sang. Preuve de son état d’esprit à toute épreuve et son sens du sacrifice ce soir.

.Simic (4): Il a de la chance que son jaune n’intervienne qu’en fin de match parce que vu son nombre de fautes, il aurait pu vite être sorti…

.Boban (3.5): On a pas vu le stratège de l’équipe, trop juste physiquement pour répondre au bloc français. Remplacé par Maric peu après l’heure de jeu, qu’on a pas plus vu.

.Stanic (5): Ca aurait été 6 pour son rôle de catin au milieu mais la décoloration blonde, c’est -1 d’office.

.Asanovic (7.5): Le petit sucre du match. Il a survolé la rencontre techniquement avec son joli pied gauche, envoyant des galettes et transperçant la défense française quand il le voulait. Sa merveille de passe décisive vient résumer tout ça.

.Vlaovic (4): Mangé tout cru par Desailly et Blanc.

.Suker (7): Quel coquin celui-ci. Décrochage, frappe de balle, jeu de tête, renard des surfaces, c’est le 9 complet par excellence. Le mec chiant quoi.

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Brésil 1-1 Pays-Bas (4-2 tab) : un goût d’amer

Brésil PB

Des rires et des larmes. On savait bien avant le coup d’envoi que les émotions post-match seraient celles-ci. Après 120 minutes et une séance de tirs au but intenses, on sait enfin à qui les relier. Aux Brésiliens les rires, aux Hollandais les larmes. Le Brésil est qualifié pour la finale de la Coupe du Monde, sa deuxième consécutive après 1994.

Pour se qualifier, le Brésil a du s’employer. Organisé en 4-4-2, comme à son habitude, le Brésil pouvait compter sur son équipe-type pour contrer des Oranje emmenés par les frères De Boer. Et dès le début du match, on a pu voir deux équipes sans complexes. Le fameux round d’observation si présent dans certains grands matchs n’avaient, cette fois-ci, pas lieu. Brésiliens et Hollandais exerçaient un pressing haut et sans relâche. Du coup, les joueurs perdaient vite le ballon, ce qui allait forcément nuire au rendement offensif. En effet, les occasions se faisaient rares et seuls les hommes de Guus Hiddink se montraient un tant soit peu dangereux. Philip Cocu lançait ainsi la première banderille avec une tête au dessus. Le Brésil était prévenu. Leur réveil ne se fit pas attendre. Tout d’abord, c’est Ronaldo qui se montra inquiétant mais Jaap Stam étalait son corps de tout son long pour contrer la frappe du Brésilien. Un réveil un peu trop timide qui n’impressionnait pas les Hollandais. Ainsi Zenden et Kluivert se chargeaient des attaques néerlandaise. Le premier centrait, le deuxième coupait de la tête. Une action récurrente qui représentait le danger principal pour la défense brésilienne pas si sereine que cela. La dernière frayeur de la première mi-temps venait d’ailleurs d’un centre sur lequel Kluivert posa sa tête. Juste au dessus de la transversale.

Taffarel pouvait souffler, ses coéquipiers aussi. Malmenés par des Hollandais entreprenants et au dessus collectivement, les Brésiliens allaient enfin pouvoir se reposer. Et force est de constater que la mi-temps leur fut des plus bénéfique. Car seulement 22 secondes après le coup d’envoi de la seconde période, Ronaldo trompait Van Der Sar. Magnifiquement bien servi par Rivaldo, l’attaquant de l’Inter Milan contrôlait parfaitement, résistait au retour de Cocu et pouvait ouvrir le score. Pas forcément mérité. La réaction d’orgueil des Oranje n’allait pas se faire attendre. Dès la 52ème minute, Taffarel sauvait les siens après une reprise à bout portant d’un Hollandais qui faisait suite à une succession de corners. Ce bon début de deuxième période allait pourtant vite laisser place à un gros temps mort pendant lequel les deux équipes se montraient incapables de se procurer des occasions. Pour sortir de la torpeur, on pouvait seulement compter sur les frappes lointaines des attaquants des Pays-Bas. Kluivert, Cocu ou Zenden s’y essayait en vain. Il faut dire qu’il était impossible pour eux de s’approcher plus près. La faute à une défense du Brésil bien regroupée qui voulait à tout prix garder ce score de 1-0. Dans cette domination hollandaise, seul Rivaldo tirait son épingle du jeu avec une double occasion à bout portant. Malheureusement pour lui, Van Der Sar brillait par ses réflexes et sa main ferme. On se dirigeait donc vers une victoire du Brésil lorsque Kluivert de décida de cadrer. Et mieux, de marquer. Sur un centre de Ronald de Boer, Kluivert plaçait une tête parfaite pour tromper un Taffarel battu. 1-1 à la 85ème minute. La prolongation devenait maintenant évidente. Et celle-ci allait répondre à nos attentes avec de l’intensité et des occasions. Ce qui manquait en deuxième période. Ronaldo, Van Hooijdonk, Zé Roberto et Kluivert étaient dangereux les uns après les autres mais à chaque fois les gardiens, les défenseurs ou la maladresse empêchaient le ballon de rentrer dans les filets. C’était flagrant : les deux équipes voulaient éviter la séance de tirs aux buts. Pourtant la fatigue allait les rattraper et la deuxième période des prolongations se transformait vite en calvaire pour des joueurs déjà exténués de tous les efforts donnés. Le stade Vélodrome de Marseille allait donc assister à une séance de tirs au but. Plus expérimentés et la tête froide, les Brésiliens survolèrent cette séance grâce à des réalisations de Ronaldo, Rivaldo, Emerson et Dunga alors que de leur côté seuls Franck De Boer et Dennis Bergkamp réussissaient leur tir au but. Cocu et Ronaldd De Boer, eux, échouaient. Le Brésil se qualifiait donc dans la joie 4-2 aux tirs au but. Cruel pour les Pays-Bas qui méritaient un meilleur sort. Les Auriverde affronteront en finale la France ou la Croatie le 12 juillet. Une rencontre qui on le sait, sera inédite à ce stade de la compétition.

BRESIL

Taffarel 7/10 : des arrêts réflexes de grande classe et deux tirs au but stoppés. Ce que tout un peuple lui demandait, il l’a réalisé.

Zé Robert 3/10 : le Brésilien le plus en difficulté ce soir. Dépassé par la vitesse de Zenden, il n’a jamais pu l’empêcher de centrer. A part en faisant des fautes. Par ailleurs, il fut tout aussi maladroit offensivement.

Junior Baiano, Aldair et César Sampaio 6/10 : tout d’abord maladroits -ils se sont partagés quelques bourdes- les deux défenseurs se sont ensuite repris pour nous montrer le meilleur d’eux-mêmes.

Dunga 6/10 : on l’a beaucoup moins vu que son homologue Cocu mais force est de constater que c’est bien le Brésilien qui a remporté son duel à distance. Il a même réussi son tir au but.

Leonardo 5/10 : l’action de lui que l’on a préféré c’est lorsqu’il souffrait, allongé par terre ou dans la civière qui l’a accompagné hors du terrain. Le reste du temps, il a su trouver les espaces que personne d’autre ne trouvait. Remplacé par Emerson à la 85ème minute. Son fait de match : son tir au but marqué.

Rivaldo 6.5/10 : on attend de lui qu’il fasse des différences personnelles. Il les a faite mais on a du attendre plusieurs minutes avant d’assister à ses fameux passements de jambes. Une fois lancé par contre, plus personne n’a pu l’arrêter et ces accélérations ont laissé des plaies béantes dans la défense néerlandaise. A noter sa magnifique passe décisive pour Ronaldo et son tir au but bien tiré.

Bebeto 4/10 : pas de célébration de but en balançant les bras pour le Brésilien. Et pour cause, Bebeto ne s’est même pas procuré une occasion. Bien trop discret pour peser sur la défense adverse. Vite remplacé par Denilson (5.5/10) qui a lui aussi brillé par ses passements de jambe.

Ronaldo 8/10 : l’homme du match. S’il est tout d’abord redescendu très bas pour récupérer le ballon, Ronaldo a ensuite pris la profondeur pour le plus grand malheur de De Boer et cie. Toujours à la limite du hors jeu, toujours prêt à bondir, il a fait parler sa vitesse, sa technique et sa robustesse. Son but et son tir au but réussis viennent récompenser son énorme prestation.

PAYS-BAS :

Van Der Sar 6.5/10 : jeu au pied + arrêts réflexes : tel fut son boulot pendant 120 minutes. Mais il n’a rien pu faire lors de la séance fatidique face à des brésiliens exceptionnels de facilité.

Reiziger 4/10 : un match loupé, tout simplement. Son remplaçant Aaron Winter n’a pas trouvé la foi pour faire mieux. 4/10 aussi.

J. Stam 5.5/10 : sa grande taille a été intéressante sur les coups de pieds arrêtés mais elle a surtout été un frein face à la vitesse de Ronaldo.

F. De Boer 7/10 : sans lui, pas de prolongations mais une défaite sèche. En effet, il a réalisé d’énormes retours in extremis salvateurs. Il a même sauvé sur sa ligne une occasion brésilienne. En plus, il marque son tir au but.

W. Jonk 4/10 : les latéraux n’ont décidément pas été à la fête. Le maillon faible, c’est lui. Remplacé à la 111ème minute par Clarence Seedorf. Un changement offensif qui n’a rien apporté.

R. De Boer 4.5/10 : le contraire de son frère. Si Franck s’est montré indispensable, Ronald n’était pas dans un bon jour. A part sa passe décisive pour Kluivert, De Boer n’a pas été extraordinaire, loin de là. Comble de son match raté, il loupe le tir au but qui aurait permis  à son pays de ne pas être éliminé.

E. Davids 5/10 : on pouvait s’attendre à plus et à mieux du milieu de terrain.

P. Cocu 6/10 : devant, derrière, au milieu, on l’a vu partout. Mais partout, la réussite l’a fuit. Même lors de la séance de tir au but.

B. Zenden 7/10 : une activité digne des plus grands sur son côté gauche. Zé Roberto a souffert le martyr face à la vitesse de Zenden. Ses centres ont aussi été la source des principales actions hollandaises. Remplacé à la 75ème minute par Pierre Van Hooijdonk qui se sera crée quelques petites occasions. 5/10.

D. Bergkamp 5/10 : dans l’ombre de Patrick Kluivert. C’est quand même incroyable de dire ça.

P. Kluivert 7.5/10 : à la réception de TOUS les centres. Son jeu de tête a fait des merveilles et lui a même permit d’égaliser. Par contre, son jeu au sol ne fait pas d’envieux.