Cdm98 Argentine 1-0 Croatie : Un doux tango pour passer le temps

Cette dernière journée du groupe H offrait deux matchs sans grands enjeux entre Croates et Argentins déjà qualifiés et Jamaïcains et Japonais déjà éliminés.

A Bordeaux, on a assisté à un match tranquille entre les artistes argentins et croates. Les deux équipes n’ont pas forcé leur talent et se sont reposés pour les 8è. Cependant avec des Gallardo, Ortega, Veron d’un côté et des Prosinecki, Boban, Asanovic de l’autre, on a quand même eu notre compte de beaux gestes, de délices techniques et de créativité.

Assez logiquement, c’est l’Argentine qui l’emporta grâce à un superbe but de Pineda sur une offrande d’Ortega. Les Croates essayeront en deuxième mi-temps de revenir au score sans vraiment pousser et hormis une frappe sur la barre de Vlaovic, Roa n’aura pas eu vraiment à craindre pour son invincibilité qui dure maintenant depuis 3 matchs.

Reste qu’au niveau de l’organisation, de la force collective et des talents individuels, ce sont bien deux des meilleures équipes du tournoi qui s’affrontaient aujourd’hui à Bordeaux et il ne serait pas étonnant de voir l’une des deux aller loin dans ce tournoi et pourquoi pas jusqu’en finale à Paris le 12 juillet.

Dans l’autre match, les Jamaïcains ont glané une première victoire historique dans un Mondial face aux Japonais. L’histoire retiendra que c’est un doublé de Theodore Whitmore, le joueur de Seba Utd, qui a rendu cette performance possible. Les Japonais repartent eux avec 0 point de cette édition française.

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Cdm 98 Argentine 5-0 Jamaique : orgasmiques Ortega et Batistuta

Batistuta

Sur le papier, cet Argentine-Jamaique s’annonçait déséquilibré. Et finalement, il n’y eut pas de surprises. L’Argentine a écrasé des Jamaicains volontaires mais trop limités physiquement et tactiquement.

Cette domination albiceleste fut palpable dès les premières secondes du match. Dans les dix premières minutes, l’Argentine a confisqué le ballon. Pis, à la 8ème minute, la quasi totalité des joueurs argentins avait déjà tiré au but. On exagère à peine. Par exemple, Sensini, joueur défensif, a eu l’occasion d’ouvrir le score à la cinquième minute mais sa frappe fut trop écrasée. À ce moment-là, la domination argentine était totale, et quand les Jamaicains étaient en possession du ballon, ceux-ci ne parvenaient pas à sortir correctement de leur camp. L’ouverture du score était alors toute proche. Pourtant, aux alentours de la dixième minute, les Reggae Boyz commençaient à ressortir, à s’approcher du but de Roa. Mais sans succès. Pourtant, Hall ou encore Burton concédaient plusieurs fautes. Malheureusement pour eux, les coups de pieds arrêtés qui suivirent furent mal exploités ou mal tirés. La petite chance des Jamaicains semblaient passer. Mais de l’autre côté, les Argentins souffraient de petites imprécisions dans les passes en phases offensives qui les empêchaient de mener à bien des attaques dangereuses. Les occasions de Simeone ou de Claudio Lopez ne trouvèrent d’ailleurs pas la faille. Et il faudra attendre la 32ème minute pour voir le génie Ortega ouvrir le score d’une balle piquée. Bien servi par Véron à la suite d’une belle action fluide et bien menée, Ariel Ortega pouvait marquer son premier but dans cette compétition. Les espoirs des hommes de René Simoes étaient douchés. Pourtant, après le but, le match perdit en intensité et les Jamaicains en profitaient pour prendre le jeu à leur compte. Pendant quelques petites minutes seulement. Car cette fin de première période était totalement à l’avantage de l’Argentine. Cette impression vint se confirmer quand, juste avant la mi-temps, Powell se fit expulsé pour deux cartons jaunes suite à de grossières fautes. À 11 contre 10, la voie s’annonçait royale pour Batistuta et compagnie.

La deuxième période fut des plus simples à expliquer : des Jamaicains coinçaient dans leur camp, qui passent leur temps à défendre face à des Argentins en réussite et tout simplement au dessus. Le remplacement de Burton – l’attaquant de pointe – par Cargill, un milieu de terrain et le replacement de Hall dans l’axe de l’attaque n’y changera rien. Et il ne faudra attendre que dix minutes pour assister au deuxième but argentin, toujours l’oeuvre d’Ortega. Suite à un une-deux avec Claudio Lopez, le joueur de Valence doubla la mise d’un piqué du gauche cette fois-ci. Imparable. 2-0, la différence était faite, l’Argentine pouvait dérouler. Si Simeone vit son occasion repoussée par Goodison sur sa ligne, Gabriel Batistuta eut plus de réussite. Et surtout plus de talent. À la 72ème minute, Batigoal trouva les filets grâce à une frappe croisée du droit surpuissante qui ne laissait aucune chance à Barrett. 3-0. Les Argentins n’allaient pas s’arrêter en si bon chemin et huit minutes plus tard, Batistuta inscrivit un deuxième but. Toujours une frappe croisée qui atterrit dans le petit filet droit du gardien jamaicain. L’Argentine est désormais inarrêtable d’autant plus que la marquage jamaicain se voulait de plus en plus large. 80ème minute, Sinclair, joueur de Chelsea, fait tomber Ortega dans sa surface. Résultat : pénalty, triplé de Batistuta et 5-0.

La Jamaique dans tout cela ? Pas grand chose comme vous avez pu le remarquer si ce n’est une défense en souffrance et une seule petite occasion par l’intermédiaire de Gardner à la 68ème minute.

La victoire argentine est donc amplement méritée tant le niveau montré fut élevé. Ortega et Batistuta ont brillé et ils ont surtout permis à l’Argentine de se qualifier pour les huitièmes de finale avant même le match contre la Croatie.

Les Argentins :

La défense argentine a connu des matchs bien plus compliquées… Le gardien Roa n’a eu que très peu de travail alors que Ayala et Zanetti par exemple ont bien géré. Le seul joueur qui a semblé en difficulté se nomme Chamot. Le défenseur de la Lazio a commis plusieurs fautes évitables. Rien de bien grave cependant. Sensini, lui, n’a pas eu le temps de montrer grand chose, il est en effet sorti dès la 25ème minute après une blessure à la cuisse. Son remplaçant Vivas a fait quelques montées, sans plus. Almeyda et Simeone ont bien géré la récupération en étant assez discret avec cependant plus de velléités défensives pour le second. Pour ce qui est de Claudio Lopez, on peut dire qu’il n’était pas dans son meilleur jour. Même s’il a fait une passe décisive, il s’est montré trop effacé. Gardons enfin le meilleur pour la fin. Ariel Ortega et Gabriel Batistuta ont marqué ce match de leur empreinte. Le premier a brillé grâce à sa technique hors-pair, ses dribbles, ses accélérations et ses deux buts pleins de maîtrise et de sang froid. On a même cru pendant un moment que Maradona était sur le terrain. Pour finir, Batistuta a d’abord joué en pivot avant d’exploser en seconde période et de marquer un triplé tout en puissance et en précision.

Les Jamaicains :

Le tour des joueurs jamaicains va être bien plus rapides. En effet, ils ne furent que deux à sortir un peu du lot. Le premier est défenseur et s’appelle Ian Goodison. Il a traîné ses dreadlocks derrière, sauvant les siens à plusieurs reprises, et même quelques fois devant. L’autre est Paul Hall, rapide sur son côté droit en seconde période mais qui a malheureusement du passer en pointe en deuxième mi-temps suite au changement tactique de Simoes. Un repositionnement qui lui a nuit.

Feuille de match :

Parc des Princes, 48 712 spectateurs

Arbitre : Rune Pedersen (Norvège) assisté de Gennaro Mazzei (Italie) et de Mikael Nilsson (Suède)

Buts : A. Ortega 32′, 35′; G. Batistuta 73′, 80′, 83′ sp
Argentine : Roa – Ayala, Chamot, Sensini (puis Vivas 25′) – Zanetti, Almeyda, Simeone (puis Pineda 80′), Lopez (puis Gallardo 75′), Ortega, Veron – Batistuta.

Jamaique : Barrett – Sinclair, Goodison, Gardner, Simpson – Whitmore (puis Earle 73′), Malcolm (puis Boyd 62′), Dawes, Powell, Hall – Burton (puis Cargill 45′)

Cdm98 Croatie 3-1 Jamaïque: Mother Suker !

SUKER

« Toute la planète se demande à quoi ça rime,
11 Jamaïcains face la Croatie, l’Argentine
Il y a le gros Barett et le petit Burton
Au pays des Rastas ce sont les footballeurs
Au Mondial français vaincra pas Jamaïca »

L’Histoire est une catin. Une vraie de vraie. Au-delà des dizaines de milliers de morts provoqué par le génocide dans les Balkans (ndlr: la guerre, c’est pas beau), le conflit fratricide qui a abouti à l’éclatement de la Yougoslavie restera à jamais le plus grand gâchis de l’Histoire du football. Asanovic, Prosinecki, Suker, Stanic, Jarni, Soldo, Vlaovic, Boban pour ne citer que les plus connus: le public du Stade Bollaert a vu une myriade de génies du ballon rond, façonnés par l’école yougo. Alors fermez les yeux un bref instant et imaginez que l’on ajoute à cette équipe croate Savicevic et Stojkovic… Vous bavez? C’est normal.

Malgré les vicissit… les viciciss, les vississitu… malgré les aléas de l’Histoire (cette catin, pour ceux qui auraient déjà oublié), la Croatie arrive, en dépit de son statut de puceau dans la compétition, avec de solides arguments et l’objectif n’est rien de moins qu’une place en demi-finale au minimum. Au terme de ce premier match, une mise en route face aux modestes Jamaïcains (ndlr: si vous êtes condescendants, rayez « modestes » et remplacez par « sympathiques »), les joueurs au damier ont déjà fait un grand pas vers la qualification, d’autant plus qu’ils seront les favoris face au Japon, le 20 juin prochain.

Pourtant, le succès croate n’est pas aussi linéaire que ce que le score (3-1) peut laisser paraître. Car si les Croates ont dominé la partie, ils ont connu quelques sueurs froides quand, juste avant la pause, Earle est parvenu à tromper la vigilance de Ladic (45e). Emmené par l’inévitable Davor Suker, les hommes de Blazevic ont attendu la 27e minute et un corner remarquablement joué pour que Stanic, opportuniste à cinq mètres des cages, ouvre le score. Un oubli que la défense des Reggae Boys ressasseront sans doute longtemps car, quelques secondes plus tôt, Lowe avait vu sa tête piquée sortie in extremis par un saut de kangourou de Jarni, bien placé au second poteau.

Dominateur dans le jeu, se procurant les meilleures occasions (Soldo sur la barre à la 33e, Suker sur Barrett à la 37e), les Croates sont rentrés au vestiaire sur un score de parité et aurait pu sombrer dans un « syndrome Coupe de France » avec le « petit », soutenu par les trois-quart du stade, qui sent qu’il peut renverser la montagne. Mais la Croatie, en dépit de sa jeunesse sur le plan diplomatique, a de l’expérience au niveau footballistique, quatre d’entre eux (Jarni, Boban, Pronisecki et Suker) ont été sacrés champions du monde des moins de 20 ans en 1987 et ont l’expérience des grands rendez-vous. Dès la 49e, Asamovic claque une frappe lointaine qui lèche le montant de droit de Barrett. Et il ne faut pas attendre plus de trois minutes pour que les Croates repassent devant.

La compétition a commencé depuis moins d’une semaine mais ne cherchez plus le plus beau but de ce Mondial: il est signé Robert Prosinecki. 53e minute: l’arbitre siffle un coup franc proche de la surface de réparation, excentré sur le côté gauche de l’attaque. Et qui dit « mini-corner » dit ballon fort dans la boîte. Sauf que le génial blond se joue du mur jamaïcain grâce à un amour de râteau du droit et trouve, du pied gauche, le petit filet opposé de Barrett qui ne peut rien face à tant de classe et de magie.

Pour autant, menés une deuxième fois, les Reggae Boys n’abdiquent pas et il s’en faut d’un rien pour que Dean Burton, le joueur de Derby County, ne trouve les filets de Ladic, quelques secondes après le deuxième but croate. Absolument seul, le natif de Reading en Angleterre ne convertit pas l’offrande: c’est plié. Les Jamaïcains ont laissé passer leur chance. Un quart d’heure plus tard, au terme d’un mouvement collectif lumineux, Davor Suker troue les filets du malheureux Barrett, surpris par la trajectoire déviée du ballon. Et il s’en est fallu de peu (en fait les coucougnettes de Barrett) pour que Boban n’en plante un quatrième dans la foulée.

Les joueurs au damier sont entrés de plain-pied dans ce Mondial 98 et ont d’ores et déjà montré de quel bois ils étaient fait. C’est sûr, les Croates sont prêts: Zagreb les yeux !

François Miguel Boudet

Cdm 98 Argentine 1-0 Japon: GOAL GOAL BATIGOAL!

batigoal
Positionné en favori du Mondial, l’Argentine fait son entrée dans la compétition face au puceau japonais, qui vit ici sa première grande idylle internationale niveau ballon rond.
Un premier match pour mettre tranquillement le moteur en route et dégourdir les jambes de ce magnifique onze de départ qui compte des Batistuta, Veron, Ayala et autres Ortega. Le Japon, mené par la pépite Nakata, commence donc par une montagne pour son premier match de Coupe du Monde et doit tout d’abord tenter de faire bonne figure.

Et ils vont faire même mieux que se défendre en jouant crânement leur chance d’entrée de match. Profitant d’une mise en route argentine très très calme, les japonais vont montrer une force de caractère et une envie de jouer assez surprenante mais bien plaisante. Ce n’est pas du football léché mais la hargne de Soma, l’étonnant latéral gauche ou le calme des milieux Yamaguchi et Nanami suffit pour tenir tête aux argentins.
Ces derniers vont bien tenter de mettre en place un jeu au sol, souvent en triangle, mais c’est encore trop brouillon pour faire la différence. Seul Veron surnage dans ce début de rencontre, les attaquants sont rarement trouvés ou quand ils le sont, ne peuvent pas créer grand chose.

Mais avec un attaquant de la classe de Batistuta, même les miettes suffisent.. Et sur sa première opportunité, l’attaquant phare de la Fiorentina trouve le chemin des filets. Une demie-occasion, sur une erreur japonaise, et le meilleur buteur de l’histoire de la sélection peut déjà enfiler son costume de Batigoal. Ce but débride (haha) le jeu argentin et ce diable de Batistuta n’est pas loin de doubler la mise quelques instants plus tard sur une tête surpuissante qui échoue sur le poteau. Les nippons ont la tête sous l’eau en fin de première mi-temps et la pause va leur faire le plus grand bien.

De retour des vestiaires, ils vont retrouver l’envie de début de match, on voit de nouveau Soma sur son côté, les centres se multiplient mais l’arrière garde albiceleste en a connu d’autres, et des plus costauds. La paire Sensini-Ayala est tout en contrôle mais le Japon ne va jamais baisser les armes. L’Argentine joue un peu trop à la baballe, Ortega en tête, et n’a jamais été à l’abri de l’égalisation, notamment en fin de rencontre.
Un autre qui ne va pas se démonter, c’est le formidable public japonais. Du début à la fin, on a entendu que lui, même après le but, même quand l’équipe ne jouait plus vraiment. C’est la grosse révélation de cette première semaine de compétition. Bravo.

En patron, l’Argentine s’impose petitement mais solidement et prend le départ qu’il fallait. Le potentiel est là, reste à ajuster le jeu mais il n’y a pas trop de soucis à se faire pour eux. Pour le Japon, il y a de la confiance engendrée malgré la défaite. Ils n’ont jamais démérité, ont eu des opportunités et n’ont fait aucun complexe d’infériorité. A suivre de près pour la suite..

FEUILLE DE MATCH
1-0: Batistuta (28′)
Stade Municipal, Toulouse
33,400 spectateurs
14h30
Arbitre: Monsieur Mario van der Ende (Pays-Bas)


ARGENTINE

Grosse, très grosse performance de Veron, le néo-parmesan véritable patron du milieu de terrain. Il était absolument partout, à la récupération, à la mène, bon dans le jeu court, dans le jeu long.
Mention évidemment pour le meilleur attaquant du monde, Batistuta, seul buteur et toujours dangereux dès qu’il avait le ballon à proximité du but, comme sur cette magnifique tête sur le poteau.
Petite déception autour de Claudio Lopez, pas en veine durant la partie, et d’Ortega, même s’il a cassé des reins, il a trop souvent éré à la recherche de l’exploit personnel.

JAPON
Trop de pression sur le petit Nakata ? L’idole de tout un peuple n’a pas brillé durant la rencontre, trop timide et peut être trop fragile encore pour le très haut niveau.
Saluons par contre les performances du gardien Kawaguchi et son très beau maillot, qui a sauvé la maison à plusieurs reprises du but du break, du latéral Soma, véritable pile électrique qui a bien emmerdé Zanetti. On peut aussi parler de Nanami, Yamagushi, Akita, solides dans leur rôle.